Presse Universitaire de Perpignan, 1998
LES FESTIVALS DE MUSIQUE DANS LA FRANCE CONTEMPORAiNE :
DIMENSIONS DU PHÉNOMENE
PAR
BERNARD MAAREK (Université Aix-Marseille J)
Le phénomène des festivals et leur développement particulier en Provence-Alpes-Côte d'Azur caractérise l'une des dynamiques significatives du développement culturel des années
70/80.
L'analyse de ce développement ne porte pas sur le plan artistique mais plutôt sur l'engouement des collectivités publiques pour ce type de manifestation au travers de leurs interventions en expansion dans ces années-là et de la prise de conscience des multiples dimensions contenues dans les attributs d'un festival
Problèmes de quantification et de définition
Mais dans un premier temps, il importe de mesurer ce phénomène sur un plan quantitatif et nous nous heurtons d'emblée à une difficulté majeure. Il est difficile de réunir des statistiques d'ensemble précises permettant de cerner l'importance du phénomène festival en France sur ces vingt cinq dernières années. Tout au plus peut-on, grâce aux programmes annuels édités par différents services des collectivités ou de l'État ou encore des offices du tourisme, dresser de manière toute relative un tableau de l'évolution du nombre de festivals depuis les années soixante dix. On constate dès lors un problème de comptabilité contradictoire.
Selon certaines sources on comptabilise 490 festivals en France en 1988, dont presque le tiers, 150, se déroulent en PACA (Office régional de la culture PACA).
Selon d'autres sources (Conseil d'architecture d'urbanisme et d'environnement du Var, 1990), on peut noter l'évolution suivante en PACA:
soit en 1998 un peu plus de la moitié du chiffre annoncé par l'Office régional de la culture de PACA
Selon d'autres sources encore, en PACA, 185 festivals de musique et de danse ont lieu sur le territoire régional en 1988, et il faudrait ajouter à ce chiffre toutes les manifestations n'ayant pas une programmation spécifiquement musicale(1).
Ces premières données pourraient nous donner les éléments d'un premier constat celui d'une nette montée en charge des activités de festival dans les trente dernières années, entrecoupée toutefois de périodes de stagnation voire de régression. Comme ces manifestations constituent un faire-valoir important en terme d'attractivité et dynamisme, on peut supposer que cette comptabilité soit volontairement approximative. En effet, d'autres études recensent en 1990 plus de 400 festivals en France(2). Par contre, une étude de l'Arsec à Lyon la même année(3) dénombre plus de 200 festivals dans la seule région de Rhône-Alpes. Si l'on fait le calcul cela représente la moitié des festivals en France l'autre moitié se trouvant en PACA ! À ce point d'incohérence, il conviendrait de reposer la question des critères qui définissent cette appellation car le festival fonctionne comme un label qu'il est nécessaire de posséder pour légitimer un certain type d'opération de diffusion. Certains ont réglé ce problème en créant une appellation contrôlée,"Les festivals internationaux", et se sont constitués en association afin de défendre leur conception de la diffusion artistique. Il est vrai que ce terme de festival a été quelque peu galvaudé avec le temps. Des manifestations de genres de plus en plus nombreux se donnent à voir sous le nom de "festival", des programmations stéréotypées viennent concurrencer les programmations de création, brouillant ainsi l'image des festivals historiques. D'autres caractéristiques peuvent encore diluer la notion de festival, entre le festival d'un jour, celui qui se déroule de manière éclatée sur un territoire vaste comme un département ou ceux qui disparaissent aussi vite qu'ils sont apparus. Mais pourquoi baptise-t-on festival, une série de trois, quatre concerts, au risque de banaliser le terme et de n'en faire qu'un argument publicitaire?
On le sait, le festival doit être un événement exceptionnel de diffusion qui, par sa brièveté, son niveau de qualité, son intensité, apporte une plus value à l'activité musicale habituelle. On considérera que le festival est pour le public ou une localité, un moyen de s'affirmer, de retrouver son identité, certains diront de se constituer une communauté vivante. Par exemple pour les zones rurales, la fête reconstruit les solidarités, participe à la création et au développement d'un dynamisme local qui rejaillit sur la vie économique et sociale. C'est pourquoi en l'absence de travaux réels de comptage, de fichiers successifs fossilisant cette activité, année après année, et malgré les problèmes de définition, nous sommes tenus de nous référer aux seuls outils existants capables de donner un chiffrage cohérent sur une période donnée et un territoire donné. Je voudrais citer pour en finir avec ces dénombrements, Provence terre des festivals en Paca qui, grâce à ses archives depuis sa première édition en 1979, a la capacité de tirer un recensement des festivals estivaux de notre région, manifestations toutes disciplines confondues.
Je ne reviendrai pas sur l'origine des festivals déjà largement évoquée par l'ensemble des interventions de la journée. Je vais plutôt m'attacher à comprendre l'origine de cet engouement pour les festivals, une marée bien perceptible sur l'ensemble du territoire français et un phénomène propre à notre pays notamment lorsqu'on considère son explosion dans les années 70/80.
La mode des festivals prend racine dès le lendemain de la guerre, sous l'impulsion du mouvement de décentralisation dramatique et culturel dont le but, pour résumer à l'extrême, était la lutte contre le désert culturel des régions. Ce mouvement coïncide avec le développement des vacances liées à la politique des congés payés. Cette situation a fourni en partie aux premiers festivals leurs fondements idéologiques et préparé leur développement. Une nouvelle forme de manifestation voit le jour, née d'un site, d'un mouvement, associant la musique à la découverte touristique, dans lesquels la musique anime le lieu et le lieu permet une écoute particulière de la musique. On constate ainsi après la seconde guerre mondiale une volonté croissante de faire chanter les pierres, volonté encouragée par l'État, les communes et qui aura une double conséquence favoriser la concentration des festivals dans le sud-est de la France en été et renforcer le privilège des citadins durant cette période estivale alors qu'ils sont déjà consommateurs de musique le reste de l'année. Une dynamique plus forte apparaît dans les années 70 par une augmentation sensible du nombre des festivals et plus particulièrement à partir des années 80. Les lois de décentralisation accordent des compétences nouvelles et les incitations de l'Etat sont très rapidement relayées par les collectivités locales qui s'engouffrent dans le secteur culturel en portant un intérêt particulier aux festivals et en assurant ainsi leur multiplication.
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1- Le financement des festivals de musique en Provence, J.BRUNIE, Université de Provence, 1988 retour
2- Le phénomène festivalier : un tournant dans l'action culturelle en région PACA, K. THEET, Institut d'étude politique d'Aix-en-Provence, 1992 retour
3- Les festivals de la région Rhône-Alpes, Arsec, 1990 retour