En effet, un festival se définit selon des critères précis sur lesquels son existence et
son développement se fondent. Sans ces éléments qui le caractérisent, rien ne distinguerait un festival d'une autre forme d'animation culturelle, et c'est la conjonction de ces différents critères qui permet de définir et de qualifier un festival.
Le lieu
Le festival, à l'instar d'une pièce classique, est en principe régi par le mode de l'unité de lieu, dans une acception élargie puisqu'il s'agit la plupart du temps de la ville toute entière. Le festival est en effet une occasion de mobiliser la cité, toutes ses infrastructures culturelles, de rechercher des lieux plus insolites, ou bien encore de valoriser le patrimoine architectural de la ville aussi, le Festival Musica a-t-il choisi lors de certaines éditions de faire connaître la musique et la ville sous une autre forme en organisant des concerts dans des lieux aussi divers que les Bains Municipaux, un train ou bien encore le planétarium. La ville ainsi investie donne à la manifestation son caractère festif et ce, d'autant plus qu'il est censé, en théorie, favoriser ou solliciter la participation de tous, et notamment des commerçants. Ainsi en est-il du Festival Mimos de Périgueux où cafetiers, touristes de passage se font acteurs ou complices l'espace de quelques minutes et de tous les festivals spécialisés dans les spectacles de rue (théâtre, cirque, marionnettes...) dont la réussite dépendra étroitement de la participation de la population locale.
Les spectacles se déroulent donc dans un espace géographique, le plus souvent défini à l'avance, cohérent (c'est à dire adapté au spectacle présenté, aux intentions des organisateurs), et qui constitue un élément à part entière du rendez-vous.
Le caractère participatif que peuvent conférer au festival le principe de l'unité de lieu et son corollaire -l'appropriation de l'évènement par un lieu et une population- relèvent du processus d'identification du festival. Lorsque l'unité de lieu éclate, l'identité du festival prend une toute autre signification, au risque de se diluer.
L'espace temporel :
L'unité de temps, elle aussi a souvent éclaté et elle ne constitue plus un critère d'identification suffisant. Les disparités observées en la matière en témoignent très largement que peut-il y avoir de commun en effet entre le Festival d'Assier qui ne dure que trois jours et le Festival Estival de Paris qui s'étalait, lors de son ultime édition en 1992, du 21juin au 15 septembre ? Il devient alors beaucoup plus difficile de distinguer un festival d'une simple programmation saisonnière, si l'on excepte le projet artistique ou social en soi, ou bien encore une thématique très étroitement ciblée. On se contentera d'observer que, d'après les indications données par le Ministère de la Culture dans le guide(1) qu'il édite, la durée moyenne d'un festival est désormais de l'ordre de vingt jours.
Une analyse plus approfondie révèle que plus de 40% d'entre eux durent moins de il jours alors que 22% se déroulent sur plus d'un mois. On peut donc penser que les festivals ont tendance à perdre leur caractère d'exceptionnalité, et connaissent une mutation qui leur confère une dimension d'animation culturelle, voire touristique, et ce, d'autant plus que la majorité d'entre eux se situent toujours en été.
Toutefois, certaines régions, se démarquent de plus en plus de ce modèle et tentent de répondre à d'autres aspirations en irriguant la vie culturelle locale par le biais des festivals, de façon moins heurtée, plus régulière. Aussi, la région Nord-Pas-de-Calais ne propose-t-elle que 20% de ses festivals en juillet et en août.
Le lieu d'implantation :
La répartition géographique, elle aussi, est en partie révélatrice de la dérive ou de la vocation touristique du festival, même si le seul critère géographique n'est pas suffisant pour donner un caractère touristique à une manifestation. Ainsi, d'après l'analyse du recensement du Ministère de la Culture, la région Provence-Alpes-Côte d'Azur abrite plus de 16% des festivals de France entre mai et octobre, alors que plus du tiers de toutes ces manifestations prennent place dans quatre régions les régions P.A.C.A, Languedoc-Roussillon, Aquitaine et Midi-Pyrénées.
Toutefois, il faut nuancer ce bilan désormais, il n est pas de région en France qui ne soit touchée par le phénomène festivalier. C'est aux collectivités territoriales de tenter de pallier ces disparités ainsi, en Limousin, région rurale et enclavée, la Région finance-t-elle douze festivals(2).
La discipline et le thème abordé :
Les festivals s'articulent autour de thèmes divers et variés la plupart des formes d'expression artistique, de la musique ancienne aux contes en passant par l'art vidéo, sont mises à l'honneur. Plus encore que les disciplines artistiques, les Beaux-arts, c'est le bien culturel qui est visé. A côté des festivals baroques coexistent des festivals consacrés aux jeux, aux arts de la table, à la chanson, au rap, au rire, au café-théatre ou bien encore au folklore.
Ainsi, plus que toute autre manifestation ou institution culturelles, le festival participe de l'évolution sémantique de la "culture". Dans son acception la plus large, elle peut se définir comme un système d'attitudes, de croyances, de valeurs et de représentations collectives formant le milieu dans lequel les sciences, les techniques, les institutions, les entreprises se développent. La culture n'est plus réduite aux seuls beaux-arts, mais elle englobe des activités comme la science ou encore les loisirs. A l'échelle d'une ville ou d'une région, la culture peut s'entendre de ce qui fonde l'identité d'une ville, c'est à dire son histoire, sa géographie, son folklore, tout ce qui relève de la vie commune. En poussant cette logique à l'extrême, on risque d'aboutir à ce que certains appellent une politique du populisme dans laquelle tout élément du mode de vie, par exemple, peut être érigé en bien culturel au nom du droit à la différence et de la défense de la culture "populaire"(3). Le tout culturel n'épargne donc pas le phénomène festivalier, et au-delà de tout jugement de valeur, il porte en germes un risque celui de diluer l'esprit de ces manifestations, de banaliser des événements, par essence exceptionnels.
Toutefois, l'activité festivalière est encore très largement portée par les disciplines culturelles "traditionnelles", puisqu'il semblerait que les festivals de musique classique soient les plus nombreux, devant les festivals de théâtre et de jazz (4).
Parallèlement, l'émergence massive de festivals dits pluridisciplinaires, hétéroclites, qui voient se côtoyer des expressions culturelles variées, peut témoigner de nouvelles approches des politiques culturelles. Un tel consensualisme ne peut évidemment pas être porteur d'un véritable projet artistique, et cette carence devrait pouvoir être atténuée par un projet social faciliter l'accès de tous au bien culturel, en misant sur un éventuel "effet de débordement" des pratiques culturelles des plus "populaires" vers les moins "faciles".
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1- in, Festivals et Expositions, Programme 1992 retour
2- Informations communiquées après envoi d'un questionnaire retour
3- Pour Marc Fumaroli, la culture est devenue un mot-valise, le Ministère de la Culture s'adressant "à chaque classe d'âge, à chaque profession, groupe social, communauté ou milieu qui ont tous leurs cultures", In L'Etat culturel, p. 172. retour
4- Les festivals de musique semblent prédominants. Ils représentent près de 60% des festivals répertoriés par le Ministère de la Culture dans le guide qu'il édite. Parmi eux, on notera la présence majoritaire des festivals de musique classique. retour